Accueil » Paroles d'experts » Interview de Patrick Salembier – France 3 Hauts-de-France

Interview de Patrick Salembier – France 3 Hauts-de-France

Interview de Patrick Salembier par Yolande Malgras

Yolande Malgras – France 3 Hauts-de-France – 08 janvier 2026

L’art topiaire, ou comment transformer son jardin en écrin pour sculptures végétales

Les topiaires sont des œuvres végétales taillées à la main. De véritables petits bijoux d’inventivité, qui témoignent du désir inné chez l’homme d’influencer la nature et d’y laisser son empreinte. L’art topiaire est né il y a plus de quatre siècles, et c’est en France qu’il a connu le plus grand essor. Une pratique qui rassemble de nombreux aficionados, et reste très vivace dans les parcs et jardins.

L’Association Française pour l’Art Topiaire et le Buis regroupe 423 membres en France. Cette branche française de « l’European Boxwood And Topiary Society », EBTS, est la délégation la plus importante au monde.

Une fierté pour son président, Patrick Salembier, qui vit à Villers-Bocage, dans la Somme. « EBTS France a essaimé un peu partout à l’international. Aux États-Unis, en Suisse, en Italie, au Portugal ou en Espagne, où nous comptons de nombreux délégués ».

Une passion française pour la taille qui remonte à la Renaissance. « L’art topiaire est né au temps des Romains. Et c’est à la Renaissance qu’on va le redécouvrir avec le goût retrouvé pour la culture antique ».

Une pratique qui trouve son apogée dans notre pays au 17e siècle, avec le célèbre paysagiste et jardinier, André Le Nôtre, concepteur du jardin dit « à la française ». « Les plus beaux jardins sont dessinés par Le Nôtre et ses disciples. À Versailles bien sûr. Mais aussi à Vaux-le-Vicomte ou au château de Villandry, en Indre et Loire. On parle de jardins à la française dès qu’il y a de grandes perspectives qui vont se perdre dans la campagne », note Patrick Salembier.

Ce dernier, qui précise toutefois qu’il n’est nul besoin de posséder un parc pour s’adonner à l’art topiaire. Un simple jardin suffit aussi.

De juriste à sculpteur végétal
Patrick Salembier, juriste de formation, décide de quitter son poste de conseiller juridique et fiscal dans les années 80. Et c’est par une série de hasards qu’il va finir par présider aux destinées de la plus grande association d’art topiaire au monde. « En 1987, à l’occasion du millénaire capétien, j’ai organisé un événement au château de Bertangles, dans la Somme. Avec notamment un spectacle dans le parc. Et je suis tombé sous le charme du lieu. »

Puis en 1990, Patrick Salembier s’installe à Villers-Bocage, dans un petit manoir où il vit toujours, au milieu de ses topiaires. « J’y ai engagé de gros travaux de rénovation et je me suis intéressé au jardin. Je n’y connaissais absolument rien ! Au début je faisais un peu n’importe quoi. Et puis peu à peu, j’ai appris », confie-t-il.

À la fin des années 90, Patrick Salembier intègre l’association des Parcs et Jardins de la Somme. « Et là, je me suis passionné pour tout ce qui avait trait au jardinage ». Enfin, en 2000, notre juriste à la main verte, rencontre un paysagiste anglais, membre de « l’European Boxwood And Topiary Society », en quête de représentants de l’EBTS en France.

« J’étais emballé par cette proposition. On a signé les accords dits « de Bertangles » pour fonder notre regroupement français. C’était à l’automne 2001. Très vite, une centaine de personnes ont rejoint l’association ».

« On peut faire ça toute l’année, y compris dans un petit jardin. L’idée est qu’il reste beau même en hiver. »
Patrick Salembier, Président de l’Association Française pour l’Art Topiaire et le Buis

Le but de l’association : encourager, promouvoir et protéger par tous les moyens l’art topiaire, la sculpture végétale, dans les parcs et jardins. « L’art topiaire se pratique essentiellement sur le buis, dont il existe de très nombreuses variétés, et qui est le végétal de référence pour les passionnés comme nous », explique Patrick Salembier.

Un végétal menacé par la pyrale, une chenille qui peut anéantir l’arbuste. « J’ai eu une très grosse attaque dans mon jardin. J’ai utilisé le bacille de Thuringe, un insecticide biologique. C’est une poudre à diluer et pulvériser à la période d’apparition des chenilles. C’est très efficace ».

En matière de sculpture végétale, si le buis est le roi de l’art topiaire, les passionnés taillent aussi les cyprès, le charme, les ifs, les troènes ou les fusains. « Pour les très grands parcs, mieux vaut utiliser un taille-haie. Les puristes eux, restent sur des cisailles japonaises très coupantes et légères ».

Et dans ce domaine, il y existe différentes écoles. Les Anglais s’autorisent une taille d’une grande fantaisie : chapeaux, tasses, parapluies, couronnes ou dragons… « Friar Park, le jardin de l’ex Beatles George Harrison, aujourd’hui propriété de sa veuve Olivia, membre d’honneur de l’association, en est le parfait exemple », souligne Patrick Salembier.

L’école française elle, est plus structurée, plus formelle. « Chez nous, on est beaucoup plus classiques. On peut par exemple s’inspirer des motifs d’une tapisserie. On taille des boules, des formes géométriques ».

Une passion qui ne connaît pas de saison. « On peut tailler toute l’année, même si je recommande d’éviter les mois de septembre et d’octobre ».

Une vie associative riche
À 72 ans, le président de l’association française pour l’Art Topiaire et le Buis, est un homme toujours très occupé. Prochaine grande date dans son agenda, le 15 janvier à l’Hôtel des Ventes de Neuilly. « Lynn R. Batdorf, qui a longtemps travaillé à l’Arboretum National à Washington, vient présenter les 668 pages de son encyclopédie mondiale du buis. Il s’agit d’un recensement exhaustif de tous les buis dans le monde ».

Le 30 janvier, c’est le Grand Prix de l’art topiaire qui sera remis au Domaine de Primard, en Normandie. Une distinction qui aura nécessité la visite de 69 jardins remarquables en France, Italie, Espagne, Portugal et Hollande.

Pour le président, par ailleurs conseiller pour les espaces verts de la ville du Touquet, l’art topiaire n’est pas une pratique élitiste, même s’il n’est possible d’intégrer son association que par cooptation. « Peu importe la taille de votre jardin. Il suffit d’aimer la sculpture végétale. L’idée c’est qu’il reste beau toute l’année ».

Un denier détail, l’art topiaire a lui aussi ses journées mondiales. Elles se tiendront les 9 et 10 mai prochains.

https://france3-regions.franceinfo.fr/hauts-de-france/somme/l-idee-c-est-qu-il-reste-beau-toute-l-annee-l-art-topiaire-ou-comment-transformer-son-jardin-en-ecrin-pour-sculptures-vegetales-3276233.html